LE CONSTAT

LE CONSTAT
.......La raison d'être de l'homme se perd... L'homme s'accepte, il est un être en-soi, existant et matériel, mais il se limite trop souvent dans son pour-soi. Il ne s'autorise que trop rarement une conscience, conscience d'exister, d'être libre, et est sans cesse conforté par les avancées scientifiques dans l'idée qu'il n'est qu'un impersonnel et éphémère tas d'atomes. En un mot, l'homme moderne a une forte tendance à se détourner de la difficulté qui faisait son orgueil dans les décennies qui l'ont précédé, pour se fondre dans la masse éprise de facilité. Nous pouvons constater cette tendance à plusieurs niveaux.


.......Avant tout, étudions le rapport de l'homo ½conomicus à l'Art. Sur le plan littéraire, il est évident que l'homme plonge dans la facilité, qui se traduit ici par l'ignorance. L'homme tire souvent sa fierté et crée du lien social non plus en étalant ( souvent pompeusement ) sa culture littéraire, mais en s'enorgueillissant de son inculture. En pratiquant une expérience consistant à interroger plusieurs passants sur Jean-Paul Sartre ( son ½uvre, sa philosophie, leur propre appréciation... ), l'un d'entre eux répondit « Jean-Paul Sartre? C'est une rue? Non attends, c'est un mec, j'ai son numéro si tu veux », au lieu de la regretter, ses condisciples se réjouirent de son ignorance. De même, lorsque l'on s'attarde un peu dans les wagons surannés du métro parisien, on s'étonne de voir que les quadras dynamiques lisent sans honte les dernières aventures d'Harry Potter, en méprisant les mots des intellectuels, qu'ils estiment incompréhensibles et à mille lieues de leurs préoccupations. Ainsi, rares sont ceux qui (re)découvrent les lumineux classiques ou les éclatants modernes, la majorité préfère s'abreuver de vulgarisation pseudo psychologique aux accents de « Comment reprendre confiance en soi en 10 leçons », qu'absolument n'importe qui peut écrire. La littérature était auparavant réservée à une élite intellectuelle aisée, car l'achat d'un livre représentait un coût bien plus élevé que maintenant. Mais en démocratisant la littérature, nous lui avons fait perdre de sa qualité.


.......De même, au niveau de la création graphique ou picturale, les artistes sont trop souvent confrontés à un no man's land dans leur public, réduit à quelques passionnés sur-intellectualisés. Pourquoi les expositions sont-elles désertées par la majeure partie des jeunes, pourquoi les révolutions artistiques du début du siècle ont-elles vu leur courant d'idées s'éteindre, avec tout ce qui pouvait être novateur? Nous nous dirigeons de plus en plus vers un Art anonyme, sans intérêt ni signification, et dont la réalisation est à la portée de n'importe qui, en se cachant derrière le prétexte du renouveau artistique.


.......De la même manière, la musique est soumise à cette tendance, car n'importe qui peut se prétendre musicien en agitant fébrilement trois boutons sur une table de mixage. Il est absolument ridicule d'affirmer qu'une culture est égale à une autre. Une symphonie de Beethoven ne peut pas être comparée aux braillements sans nom de quelques chevelus, ou aux éructations mécaniques hoquetées sous couvert de révolte populaire. Le jargon philosophique ne vaut pas l'argot parisien ou l'analphabétisme des jeunes.
Le but n'est pas de dire qu'il y a une culture supérieure à une autre, mais bien qu'une certaine forme de culture est plus propice à l'épanouissement personnel. Les cultures n'ont pas toutes le même intérêt, n'élèvent pas toutes l'homme. La culture doit être un moyen de ressentir la manière dont les choses sont, à commencer par soi-même, et non pas être un simple outil de divertissement.


.......Mais ce qui est plus grave encore, c'est que ce constat peut-être étendu au domaine politique. L'homme perd sa passion, et en perdant cette passion qui le poussait à réfléchir sur certains sujets, l'homme se détourne aussi de la raison. Il n'a plus la flamme qui le poussait à raisonner, et à s'interroger sur l'efficacité de ses dirigeants, il n'est plus attentif qu'au brushing de l'un et au sourire de l'autre.


.......D'une manière plus générale, ce type de comportement, de réflexion tend malheureusement à s'amplifier, en touchant le domaine de la conscience individuelle. Qu'on l'accepte ou non, l'homme est de plus en plus victime d'une aliénation ( ou névrose ) qui l'empêche de s'interroger sur le sens de son existence, de se considérer lui-même comme s'il avait un regard extérieur, l'homme devient de plus en plus un simple spectateur de sa propre existence. A partir de recherches sur mon entourage, j'ai pu constater que beaucoup ne pouvaient pas s'observer eux-mêmes, s'interroger sur les causes de leur existence, ni le but de leurs actions, ou encore se figurer leur mort (et encore moins l'accepter), ou tout simplement faire preuve de réalisme lorsqu'ils se projetaient eux-mêmes dans leur futur.

# Posté le mercredi 30 mai 2007 12:55

Modifié le vendredi 11 janvier 2008 12:55

ETUDE DES CAUSES

ETUDE DES CAUSES
La responsabilité des générations

.......Après nous être livrés à ce constat, nous devons nous intéresser aux causes de ces grandes tendances constatées. Lors de diverses discussions, j'ai pu constater que les jeunes âmes aimaient à fantasmer sur les erreurs de leurs géniteurs, en bon révoltés qu'elles sont. Ainsi, si la plupart d'entre nous sont les fruits de la société de consommation, celle du divertissement et de l'uniformisation des pensées, beaucoup voudraient rejeter toute la réalité de leur situation sur les épaules de la génération précédente.
Ces jeunes, capables de réflexion, disent : « Mes contemporains sont des cons asservis, mais c'est la faute de la génération qui les a engendrés. ». Mais c'est pur aveuglement que de nier le poids du choix. A partir du moment où quelques individus échappent à l'affligeante télévision et la tentaculaire culture de masse, il n'est pas juste de dire que le rapport des êtres au spectacle abrutissant dont on les abreuve est inévitablement un lien indestructible de passion et d'admiration. Le choix fonde l'homme.
Lorsque l'on propose des livres à deux créatures, enfants des mêmes parents, l'un pourra les dévorer, et l'autre les rejeter. De même, recevoir le message de la société est un choix, et si les gens sont incultes, ils en sont en grande partie coupables. Trouver un travail, gagner de l'argent, acquérir un savoir académique, tout cela dépend plus ou moins des conditions auxquelles l'individu est confronté. Mais décider de s'ouvrir à la culture , ou d'y rester hermétique dépend de la volonté de l'individu.

En quoi sommes-nous coupables ?

.......Avant tout, livrons-nous à un simple constat, en comparant la génération de nos parents et la nôtre, du point de vue de la culture, de la création artistique, de l'ouverture sur le monde en général.
En ce qui concerne la qualité des hommes politiques, je crois que nos parents n'ont à nous envier ni Nicolas Sarkozy ni Ségolène Royal. Ni eux ni leurs débats creux, et encore moins leurs appuis.
En 1980, Jean-paul Sartre mourut. Il était certainement l'un des derniers intellectuels de nos temps. A cette époque, les hommes politiques s'entouraient de Raymond Aron, Jacques Attali, ou encore Régis Debray. Aujourd'hui, ce sont les Faudel, Johnny Halliday, Enrico Macias, Richard Virenque, Diam's, Arthur, Jean-marie Bigard, et dans le meilleur des cas, les André Glucksmann, qui pullulent dans les sphères de l'image politique. Que du beau monde.

.......Dans la société en général, la culture et l'intérêt que lui portent les citoyens ont complètement évolué. Aujourd'hui, les adolescents les plus boutonneux comme les trentenaires les plus actifs s'avachissent devant la Star Academy, lisent sans honte Harry Potter dans le métro, méprisent les intellectuels, auxquels ils reprochent d'utiliser de grands mots incompréhensibles...
.......On m'a répondu à juste titre que les gens les plus intelligents pouvaient eux aussi perdre leur temps à se vider le cerveau à coups de paillettes et de gentillesses aseptisées. Si tous les téléspectateurs, qui jouissent tranquillement de l'exhibition qui se déroule sans eux dans l'arène de leur écran, étaient en réalité des intellectuels soucieux de reposer un peu leur matière grise, d'oublier un peu le quotidien, je n'aurais rien à dire ( sinon qu'il s'agit là d'une regrettable perte de temps...). Mais la grande majorité d'entre eux n'appartient pas à cette catégorie. Quand un adolescent crie haut et fort fièrement « Les séries américaines c'est ma vie ! », on est bien loin de l'intellectuel tourmenté. Nous devons réaliser l'état de notre monde.

.......Il y a trente ans, les manifestations voulaient dire quelque chose, une réelle force d'opposition politique existait, des disques, livres, films majeurs éclosaient tous les mois sous les impulsions salvatrices des plus grands génies agonisants ; il y a trente ans, les gens ne s'inquiétaient pas tant pour leur avenir professionnel et pouvaient suivre leur passion ; il y a trente ans, les jeunes se battaient pour préserver l'héritage libertaire de mai 68, les jeunes méprisaient toutes les formes d'abrutissement, se révoltaient contre la culture de masse, les jeunes rêvaient puis agissaient.
.......Aujourd'hui, la jeunesse est triste, terne, sans avenir, sans espoir, elle est résignée à être abrutie, puisqu'elle l'a choisi.
Ce ne sont pas nos parents qui nous ont appris à ne plus sortir, ne plus nous intéresser, ne plus vivre. Nous avons préféré à la rugosité des pavés la profondeur de notre canapé.

.......Ce déclin des rêves est en partie dû à l'abandon de certains idéaux de gauche. Il était facile d'être de gauche il y a trente ans. Aujourd'hui, rien n'est plus difficile. Il nous faut affronter les réalités du marché, et les sarcasmes des néo-réactionnaires de droite. Le jour où le mur de Berlin est tombé, où le communisme s'est affaissé sous son propre poids, je pense qu'un rêve a pris fin. Et ce rêve social et économique a emporté dans son courant dévastateur les ruines du rêve de la culture.
.......Nous ne cherchons aucunement à faire l'apologie du système communiste, mais bien à montrer à quel point son effondrement sous le poids du sang et de la terreur a été important dans l'évolution des pensées modernes.

....... De même, aujourd'hui, la majorité des français lit des mots sans saveur. Par sans saveur, j'entends des rêves dorés qui emplissent l'esprit aussi fugacement qu'un bonbon sucré, pour retomber dans l'oubli dès que l'intérêt général se sera porté sur autre chose. On change d'auteur comme on change de marque, et le goût tout comme l'initiative personnels occupent une place de plus en plus réduite, car ils sont soumis aux effets de la volonté écrasante de la masse. On peut donc dire qu'il s'agit là de l'un des effets de la stratégie mercantile qui touche tous les secteurs de notre société. La littérature est devenue un véritable marché, avec une offre soumise à la demande, et dont vivent parfois grassement certains auteurs, alors que Rimbaud et Verlaine vécurent pendant un temps avec un statut proche de celui de clochards.
.......Les bons ouvrages sont donc souvent noyés dans un flot de médiocrités colorées. Mais on peut aussi considérer que la production littéraire n'a jamais été aussi libre et variée. Il ne tient qu'à nous d'aller fouiner derrière les rayons des librairies, de débarrasser les étagères étincelantes de leurs biographies de Benjamin Castaldi, pour découvrir Mabanckou ou d'autre poètes oubliés. Nous ne devons pas accuser nos prédécesseurs de nous avoir gâché le paysage littéraire, si nous ne faisons pas l'effort de cracher sur la platitude, et de chercher l'originalité, si nous refusons l'effort.

.......Aujourd'hui, nous sommes plongés dans la société du divertissement. Tout est uniforme. On pourrait dire que cette uniformisation provient d'une volonté de récolter plus d'argent, en se contentant de mal recopier ce qui a déjà été fait, et qui a réuni un grand public devant le poste. L'initiative de la télé réalité, ou celle de la découverte des nouveaux « talents » de la chanson, ont été copiées plusieurs fois. Si ça marche chez les autres, pourquoi pas chez nous? Mais ceux qui produisent de telles émissions ne sont pas à blâmer, car, en tant qu'offre, ils n'obéissaient qu'aux injonctions de la demande. C'est parce que nous sommes une génération de consommateurs, et que nous avons décidé que ce type d'émissions devait nous plaire, que l'on nous les sert sur un plateau-repas.

.......Laisser à nos parents toute la responsabilité de ce que nous sommes devenus, c'est nier la part de l'acquis, pourtant essentielle dans la construction d'un être humain. Si tout était acquis, si tout était de la faute de la génération précédente, étant donné que nous en sommes tous issus, nous devrions tous être avachis comme des bovins devant notre poste.

.......Cela ne tient qu'à nous d'agir, d'éteindre la télévision et reprendre une activité normale. Cela ne tient qu'à nous d'ouvrir un livre au lieu d'appuyer sur un bouton. Il suffit d'accepter l'effort, ce que refusent les quelques privilégiés qui n'en ont nul besoin, les désespérés, enfermés dans leur paupérisation, et une immense foule d'oisifs. Et que l'on ne me dise pas que cet effort n'est pas à la portée de tous. L'écrasante majorité de nos contemporains peut mettre 2 euros dans un livre. Nous devons quitter la société du divertissement. L'homme est acteur de sa vie. Le nier, c'est adhérer à la plus inacceptable des doctrines déterministes.

.......Malgré tout, même si l'individu a toujours le choix, on ne lui donne que très rarement les possibilités de mettre en ½uvre ce choix, et tout est même fait pour l'en détourner.
Avant de l'accuser de tous les maux, définissons succinctement ce que nous entendons par la « société ».
La société est l'état d'êtres vivant sous des lois communes. Nous verrons ici en quoi la société comprend un système économique, politique, philosophique, déterminant l'ensemble des liens qui forment l'inconscient collectif.

.......L'individu est de plus en plus guidé par ce qu'impose la société, et non plus par ses propres choix, à cause de la nature même de cette société. Le système capitaliste dans lequel nous évoluons a ses avantages certains, mais aussi de trop nombreux inconvénients. Tout découle de la notion de recherche du profit.
.......Parce que du temps passé à réfléchir à sa propre existence est du temps qui a peu de chances de rapporter de l'argent, la société tente de nous détourner de cette réflexion, elle empêche les individus de penser tout leur saoul. Et dans cette optique d'annihilation de toute pensée, elle dispose d'un certain nombre d'outils. La base de cette stratégie consiste à plonger les gens dans l'instant, dans le quotidien. Il faut que chaque pion ne puisse penser qu'au domaine du matériel, qu'à son retard ou son avance, qu'à la situation concrète et immédiate qui l'occupe.
.......Le rapport de la majorité d'entre nous aux intellectuels est assez significatif. Nous avons vu que ces derniers étaient souvent considérés comme des illuminés inutiles à la société, car complètement déconnectés du réel. Et du point de vue d'un individu qui peine à s'accorder une conscience libre et étendue, il est vrai que les intellectuels se penchent sur des problèmes qu'il ne saisit pas, parce qu'ils dépassent le cadre de l'épisode, du quotidien. Mais ils détiennent pourtant les imposantes clefs d'un savoir qui ouvre toutes les portes de notre quotidien, ouvertures sur la conscience que l'on s'empêche trop souvent de voir. Ce que l'individu pense profitable pour lui-même l'est en réalité au système.
.......Il faut donc toujours occuper l'individu et son esprit d'insignifiances pour l'empêcher de se pencher sur l'étourdissante vérité. Pour ce faire, la société dispose d'un certain nombre de moyens.

Comment remplir cette tâche d'occupation de l'esprit de l'individu ?

.......Avant tout, nous pouvons remarquer qu'il existe une double tendance d'infantilisation ou d'adultisation des individus. Le statut que la société accorde à l'individu détermine une sorte de maturité et donc ce que la société mettra à la disposition de l'individu.
.......Notre société a mis en place une stratégie d'abrutissement des masses humaines, en partant du postulat que le peuple était bête, ou en tous cas immature ( selon ses critères ) et donc incapable de réfléchir par lui-même. C'est pour cette raison que la télévision nous apprend comment manger, comment boire, comment conduire, ce qu'il faut faire ou ne pas faire, c'est pour cette raison que les caméras et les radars poussent dans nos villes comme s'étale sur du béton une gangrène absurde.

.......Mais d'un autre côté, en ce qui concerne la création artistique, la situation est opposée. En effet, le domaine de la création artistique était auparavant réservé à une certaine élite.
Mais aujourd'hui, la société a tenté de mettre à la disposition de n'importe qui les moyens de composer de la musique, d'écrire des livres, ou de réaliser des films.
S'ensuit un nivellement par le bas de la création artistique moderne, car tous s'improvisent artistes, sans avoir reçu la moindre éducation leur permettant de le faire.
.......C'est la marque de l'Empire américain, le mythe du self made man artiste, selon lequel en travaillant, chacun peut s'en sortir, même sans étudier. Ce mythe, en s'étendant au domaine artistique, a laissé croire à tous les individus, pour les apaiser, ou plutôt les empêcher de s'inquiéter, de s'interroger, qu'ils étaient pareillement capables des mêmes choses. La logique voudrait que alors que ce ne soit alors qu'une sécurité spirituelle, un confort intellectuel, et ainsi que le simple fait de savoir que l'on a quelque chose à disposition suffise à nous dissuader de l'utiliser. Mais au contraire, nous usons et abusons de ce qui est à notre disposition, sans avoir les qualifications pour le faire. On grappille un peu de savoir que l'on replace habilement pour mimer la maîtrise ( aucun d'entre nous n'y échappe ). Mais au lieu d'approfondir ce pas grand-chose, on s'en contente, et étend son champs de connaissances approximatives.

.......Dans cette même stratégie d'adultisation, nous pouvons évoquer le cas des plus jeunes enfants. Aujourd'hui, tout est fait pour chercher le profit, au mépris de la condition des individus. Ainsi, les entreprises se soucient peu qu'une fille de 7 ans n'ait pas à se mettre en mini jupe, et créent donc ce besoin chez les consommateurs par les stratégies commerciales les plus agressives. Les enfants sont poussés à voir la consommation et son moteur, l'argent, comme des réalités à caractère magique. C'est toute ingénue qu'une petite fille dira à son père « Mais voyons papa, si tu veux de l'argent, tu n'as qu'à en prendre dans le distributeur, il y en a plein et tu as une carte. ». En grandissant, l'enfant gardera ce même rapport à l'argent. Et parce qu'on aura voulu faire de lui un adulte ( un consommateur ) trop tôt, il ne parviendra pas à quitter son rôle d'enfant.
.......Concrètement, la société d'aujourd'hui fait de nous des enfants, et pour que nous ne versions pas de larmes, elle nous met des jouets à disposition, le tout dans son propre intérêt. Elle se démène au nom de l'intérêt de l'individu, qu'elle bafoue en réalité. Elle se débat pour survivre, et assure son immortalité en nous laissant le pouvoir qui l'arrange. Mais encore une fois, rien ne nous empêche de nous lever sur nos fragiles jambes, et d'articuler enfin le mot qui nous donnera peu à peu le statut d'adultes, autonomes et réfléchis, mais néanmoins conscients de la limite qui existe concernant leur rôle et leurs capacités.

.......L'extension des rapports marchands serait un autre moyen de détourner l'individu de lui-même, en lui donnant pour seule motivation de toutes ses actions, l'argent.
.......Ainsi, nous pouvons constater que des étapes de la vie d'un individu, comme le baccalauréat, sont maintenant entourées d'un aspect marchand. Cet examen qui était auparavant un prétexte à l'entrée dans la vie adulte et professionnelle est devenu un moyen en soi de gagner de l'argent, par le biais de certaines banques, qui offrent une somme d'argent aux lycéens qui passent le baccalauréat. L'obtention du bac et d'une mention viennent grossir non plus la fierté de l'étudiant, mais bien son capital.
.......De la même manière, il existe aujourd'hui ce que l'on appelle des permis d'émission négociables, des titres que les entreprises peuvent acheter, et qui leur donnent alors le droit de polluer l'environnement dans une certaine mesure. La protection de l'environnement n'est plus soumise au bon sens des agents économiques, mais bien à leur portefeuille : on ne demande plus aux individus de prendre conscience d'une réalité, on se contente de leur dire que tout inconvénient s'écarte avec de l'argent.
.......Finalement, et c'est certainement l'exemple le plus dramatique, certains économistes dont le prix Nobel 1992 soutiennent que les liens familiaux se forment non pas sur l'affection et l'amour, mais bien sur la base d'un rapport marchand. Le choix d'un partenaire s'effectuerait donc sur un marché, chaque individu étant réduit à une simple marchandise. En situation de concurrence parfaite, l'équilibre serait atteint, c'est-à-dire qu'aucun individu ne pourrait améliorer sa situation en changeant de conjoint.
Cet exemple montre que le système nie tout sentiment. Il ne laisse la place qu'à des émotions, la peur par exemple, comme nous allons le voir. Aimer est une perte de temps, qui peut réduire la productivité de l'individu.
.......L'amour peut occuper un esprit d'une façon trop permanente et profonde, mais l'on attend pas d'un individu qu'il se penche sur son propre monde, mais bien qu'il se dévoue entièrement à son travail. Pour une meilleure productivité, il faut assurer le bien-être, qui se limite finalement au divertissement ( panem et circenses, du pain et des jeux ).
.......Le sentiment est donc remplacé par l'émotion, fugace, qui occupe l'esprit en surface, sans en remuer le fond. Ainsi, tout fonctionne par l'impression, et ceux qui dirigent notre société sont ceux qui l'ont compris. Notre président de la république confia d'ailleurs un jour à un journaliste « Vous savez, vous et moi, nous faisons le même métier : provoquer l'émotion chez le public »...

.......Le système fonctionne également par un immense système de stigmatisation des comportements déviants. Obligation nous est donnée d'aimer ce que l'on nous propose, sous peine d'être victimes d'une solitude insupportable, car selon les sociologues, l'individu ne peut pas exister sans les autres ( l'enfer des autres ? ).

.......Ainsi, le système nous impose une pensée unique, qui s'alimente par une culture propre. Les individus qui n'adoptent pas le comportement que réclame le système, ou qui recherchent une autre forme de culture, sont exclus du groupe. Encore une fois, un choix se présente à eux : s'adapter aux normes et se fondre dans la masse, ou « s'enfermer dans la déviance ». L'élément principal que doivent accepter ceux qui se résignent à perdre leur individualité est la société du divertissement. Celle-ci s'inscrit dans une conception pascalienne de l'homme. L'homme s'ennuie, et il tente d'oublier momentanément son ennui en se divertissant. Son ennui, ou son stress, dans cette société du chiffre, de la réussite. Le divertissement, c'est le détournement de soi : nous devons ½uvrer pour que l'homme reprenne espoir, se recentre sur lui-même, et se redécouvre, redécouvre le pouvoir inespéré qu'il a en lui, celui d'agir.

Le monde moderne et la perte de temps

.......On nous fait oublier l'ennui, parce que celui qui s'ennuie n'a rien d'autre à faire que réfléchir. On voudrait supprimer le dialogue avec nous-même, et surtout éviter que l'on s'interroge. L'ennui est la base de l'évolution, le système doit donc l'éradiquer pour survivre. Au niveau culturel, rien n'est plus évident : l'ennui romantique a marqué un premier tournant, le Spleen baudelairien a été la seconde révolution, qui a insufflé par la suite toute sa modernité à la littérature.
.......La négation de l'attente s'inscrit dans la même optique du détournement de soi. L'attente, la perte de temps, sont des notions incompatibles avec la norme que l'on nous impose. La restauration rapide est une illustration de cette réalité. Mais le meilleur exemple dont je dispose est celui d'une expérience déjà évoquée, dans laquelle des passants étaient interrogés sur Jean-Paul Sartre. Cette observation a été réalisée avec un ami, qui eut l'idée lumineuse de prévenir dès le début les interrogés que nous ne les interrompions pas dans leur marche pour leur demander de l'argent. Dès que la question de l'argent était écartée, ils pouvaient s'arrêter sereinement. Ainsi, pour mettre les individus dans une situation où perdre leur temps est concevable, pour les interrompre dans leur absence de réflexion acharnée, il faut écarter dès le début l'idée de capitalisme, représentée ici par la monnaie fiduciaire. Mais cette constatation est néanmoins d'une certaine manière porteuse d'espoir. On peut voir à quel point il est simple de faire accepter à un individu un comportement anti-capitaliste : il suffit d'un mot pour le faire passer d'une dimension à une autre.
Le capitalisme n'accepte pas la perte de temps, il interdit donc à l'individu de se pencher sur lui-même, d'être dans une situation qui n'aurait pas pour finalité le profit.

Le processus de socialisation

.......Cette réalité à laquelle nous sommes confrontés découle d'un long processus de socialisation, par lequel l'individu a été soumis à un engrangement de normes et de valeurs, qui, soumises au crible du choix, feront par la suite de lui un être plus ou moins unique.
.......La famille est le principal agent de socialisation, car c'est le premier auquel l'individu est confronté. Aujourd'hui, une tendance assez grave s'est étendue dans les familles du monde moderne. Si les enfants nés il y a quelques dizaines d'années de cela devaient ingurgiter sans broncher les injonctions parentales, et se plier à leur volonté, actuellement, la tendance s'inverse. Nous sommes en effet dans l'ère de l'enfant-roi, celui qui impose ses choix à ses parents, alors qu'il n'est pas à même de le faire. Nous avons ici une représentation de cette orientation actuelle, qui consiste à laisser aux individus une illusion de tout, afin d'être débarrassé de leurs réclamations.
J'ai été outré de voir dans une série d'outre atlantique qu'un père de famille était parfaitement conciliant et compréhensif, voire navré ( comme si la faute était la sienne ), lorsqu'il demandait à son enfant pourquoi ce dernier avait démoli un de ses camarades de classe. Dans cette même série, un autre père rentrait d'une journée de labeur pourtant parfaitement banale et offrait dans un climat de stricte normalité à chacun de ses trois enfants un cadeau de prix.

.......Ainsi, le système entretient dès le plus jeune âge un rapport à l'argent chez l'individu, et il l'habitue à ne pas causer de problème tant que l'on met à sa disposition tout ce qui lui fait plaisir. On l'abreuvera par la suite de télé-réalité ou restauration rapide, afin qu'il ne remette pas en cause les principes du système, et reste bien calme et conformiste.
.......Comme nous l'avons vu précédemment, il y a une disparition du sentiment au profit de l'émotion, et qui est ici représentée par la stratégie des parents, qui consiste à acheter l'amour de leurs enfants par la multiplication des dons. Un cadeau provoque chez l'enfant une émotion qui donne aux parents l'impression de bien faire et d'être aimés, ce qui les pousse à recommencer l'expérience. Mais une succession d'émotions, aussi fortes soient-elles, n'équivaut pas à un sentiment.

.......Seulement cette socialisation familiale avait jusqu'à récemment l'avantage d'être par la suite soumise à une autre socialisation, tout aussi stéréotypée et codifiée, mais qui avait l'avantage de se manifester, et de montrer à l'individu qu'il avait le choix, que l'alternative unique n'existait pas. Je veux bien entendu parler de la « crise d'adolescence », durant laquelle l'individu s'enferme dans un autre cliché, mais s'ouvre malgré tout l'esprit. Cependant, aujourd'hui, cette crise est de plus en plus refusée aux individus.
.......J'ai moi-même souffert de cette disparition de la crise d'adolescence. En effet, lorsque j'atteignis un certain âge, j'étais certain que nous allions sombrer un à un dans ce sain et passager rejet de tout notre bagage culturel et intellectuel. Je crois que j'ai été profondément frustré en constatant que la société niait l'alternative, en occupant l'esprit de ceux qui auraient pu évoluer, à coups de notes ou d'autre insignifiances.

.......L'école, d'ailleurs, est tout sauf étrangère à ce processus. En effet, au lieu de nous apprendre à prendre parti, à faire un choix, on nous explique que nous devons mettre en balance des arguments innombrables, mais ne pas favoriser une théorie par rapport à une autre. Nous sommes donc parfaitement capables de percevoir les alternatives, mais nous ne pouvons pas trancher entre deux solutions. Étant incapables de mener une réflexion à son terme, de conclure, lorsque notre avis est réclamé, nous ne pouvons qu'opposer des augments, dont nous ne maîtrisons finalement pas l'importance. Nous ne savons pas vraiment quand ni comment argumenter, puisque nos seules interrogations sont des monologues. De plus, parce que note avis n'est pas demandé, nous prenons de la distance par rapport à la question, nous ne nous impliquons pas. En poussant les étudiants à réfléchir sans conclure sur le monde qui les entoure, la société, à travers l'école, veut empêcher la naissance d'une réflexion, d'une opinion.

La création d'un monde de peurs

.......Le climat de peur que la société instaure et alimente est aussi pour elle un excellent moyen de survivre. Ainsi, en confrontant les individus à des situations que l'on présente comme effrayantes, à force de les rabâcher ( terrorisme, délinquance ), on obtient d'eux :
- la consommation, car avoir peur fait consommer. En témoignent le pullulement d'équipements de protection des maisons, ou encore des armes à feu aux Etats-Unis. Si l'amendement tant critiqué n'est pas retiré, malgré le nombre de morts incroyable qu'il engendre, c'est parce qu'il permet une formidable consommation.
- une absence de pensée, car la peur occupe les esprits, et permet donc à la société de tirer tout ce qu'elle veut de l'individu, encore une fois dans une visée de recherche du profit.
.......La guerre en Irak fut imposée aux américains, parce qu'on les avait enivrés de témoignages de haine envers leurs familles. C'est en leur inspirant la peur que l'on a pu leur imposer la haine.

Un monde d'hypocrisie

.......L'immense campagne d'hypocrisie est également l'un des éléments expliquant cette tendance actuelle au détournement de soi.
Nous sommes aujourd'hui confrontés à une société dans laquelle la liberté d'expression est tellement limitée qu'il devient presque impossible de proposer ses idées au monde.
.......Avant tout, lorsque l'on constate après des semaines de rédaction, que l'on doit changer chaque mot d'un texte, car il pourrait choquer la bien-pensance de l'opinion publique, on abandonne tout simplement ce projet. Ce fut mon cas. Après avoir vu un site supprimé, parce que j'avais osé parler de politique, je n'ai pas eu la force de reprendre mot à mot la forme de mon texte ( car c'était bien là ce que l'on me reprochait, et non pas le fond, en tous cas pas de manière officielle... ).
.......L'hypocrisie est également très développée dans le domaine politique, gigantesque arène de manipulations populaires. Par exemple, peu de gens savent que lorsque les Américains ont tenté de vendre leur guerre au monde en 2003, la reproduction de l'½uvre de Pablo Picasso Guernica ( illustration des horreurs de la guerre ) a été recouverte d'un voile bleu, tandis que Collin Powell s'exprimait. En effet, cette mascarade guerrière ne pouvait pas être acceptée si elle était présentée devant une telle ½uvre. Ainsi, les dirigeants Américains ont décidé de passer outre le regard de l'Histoire, tout en manipulant gaiement l'esprit de leurs sujets.

Comment la pensée unique est imposée

.......Mais revenons à présent sur le cas de la bien-pensance. Actuellement, celle-ci s'exprime à tous les niveaux. La censure a toujours lieu. Aujourd'hui par exemple, c'est à force de bien-pensance relativiste que nous avons martelé l'idée fausse de l'égalité des cultures. C'est encore une fois pour ne pas choquer, pour laisser aux gens le peu chimérique dont-ils ont besoin pour ne pas se plaindre, que nous avons accepté les pires incohérences, et que nous sommes prêts à punir ceux qui en dénonceraient le ridicule.

.......Pour ne pas avoir à subir les plaintes des aveugles, qui ne disposent pas d'équipements suffisants pour vivre « normalement », nous les avons appelés « non-voyants ». On accorde les pas grand-chose au compte-goutte, pour éviter d'avoir à fournir des avantages conséquents, qui seraient coûteux, et sont donc incompatibles avec l'obsession de recherche du profit.
.......Parce que l'on a plus le droit de s'exprimer en des termes forts, choisis, et vrais, parce que nous sommes contraints d'utiliser des subterfuges de vocables aseptisés, on plonge dans le conformisme. Le conformisme de mots mène au conformisme d'idées. Parce que tout le monde utilise les mêmes mots, et parce que le vocabulaire disparaît, tout le monde véhicule les mêmes idées, et personne ne sera bientôt plus capable d'exprimer la moindre pensée originale.
.......Cette idée est parfaitement présentée dans 1984, où le pouvoir fait tout pour limiter le vocabulaire des individus, afin que d'ici une dizaine d'années, personne ne puisse plus rien exprimer, car les mots pour le dire n'existeraient plus. Lorsqu'on limite l'expression, dans la forme, on la limite sur le fond, et on empêche finalement la naissance d'opinions.
.......Seulement, nous ne vivons pas dans un monde utopique, mais bien un régime républicain et démocratique. Mais la démocratie, le moins pire des systèmes, devient très dangereux, lorsqu'il est allié au capitalisme. En effet, le capitalisme tend à limiter les consciences des gens, à abrutir les masses, ce qui a pour effet de laisser le pouvoir à ceux qui ne saisissent pas la réalité du monde dans sa globalité. Nous sommes typiquement dans le mythe platonicien de la caverne, mais nous laissons notre monde à la dérive aux mains de ceux qui ne perçoivent que les reflets de la réalité.

L'Utopie est morte !

.......C'est dans les vapeurs d'une vague brume d'alcool que jaillit un jour la source de ces lignes. Dans les ruelles sales de Salamanque résonnent encore les mots trébuchants et doubles d'un aliéné temporaire : « L'Utopie est morte ! ».
Cette simple phrase, commencement d'un désespoir soudain de son auteur, ne prit tout son sens que 17 mois après les événements, au détour d'un cours.

.......L'Utopie est un terme initialement inventé par Thomas More, et composé du préfixe privatif u ainsi que du mot topos ( u topos = sans lieu ).
Ce mot désigne donc toute invention d'un système politique idéal.
Platon proposa le premier modèle des utopies politiques, en décrivant dans la République une cité telle qu'elle devrait être, si l'homme suivait la voie de la raison. Il fut suivi par More, 2000 ans plus tard.
Mais plus qu'une société idéale, c'est le sens d'utopie en tant qu'imagination d'une réalité idéale que nous retiendrons ( nous ne retiendrons donc pas du mot que son aspect politique ).

.......L'Utopie est le rêve d'une perfection. C'est un but, un idéal, qui entraîne donc une transcendance de la part de l'homme. La recherche de cet idéal a guidé l'homme dans ses réflexions dès le XVIIIème siècle, le Siècle des Lumières, où elle a remplacé une autre transcendance : l'idée de Dieu.
L'Utopie est morte au XIXème siècle, avec l'industrialisation ( qui montrait l'image d'un bonheur illusoire en le plaçant comme seul bonheur et solution possibles ) et l'expansion démesurée du capitalisme.
.......On l'a suffisamment clamé : Dieu est mort au XIXème siècle, en même temps que l'Utopie, que le rêve, et avec eux se sont évaporées toutes les transcendances humaines.
Dieu était source de création artistique ( voir les débordements d'or et d'argent des églises espagnoles ), le rêve était source de liberté et de bonheur.
L'humain désoeuvré s'est rabattu sur le quotidien, puisqu'il se trouvait ainsi dépourvu de grandes causes, de questions interminables.
Mais aujourd'hui, encore plus que Dieu, c'est l'Utopie qui est morte et enterrée.
Dieu a en effet été remplacé par la fausse religion, intéressée, et l'utopie par une uniformisation des pensées, des motivations, des attentes, des rêves.

.......C'est parce que l'homme avait auparavant des raisons de vivre, de s'interroger, de rêver d'un monde meilleur, et parce que ces raisons se sont évaporées qu'il est aujourd'hui devenu cet être fade et triste, cynique et résigné, fataliste et sans imagination.

.......Nous pouvons dès lors nous interroger sur les raisons de l'acceptation complète de toutes ces normes.
Il existe deux raisons :
- la recherche de facilité. En effet, il est bien plus simple de sombrer dans le divertissement que dans l'étude d'une ½uvre d'Art, de s'occuper sans cesse l'esprit, au lieu de se livrer à une laborieuse introspection. C'est parce que la facilité s'est emparée de la majorité de nos esprits que nous en sommes arrivés à cette situation.
- cet ensemble limite la réflexion, et donc la capacité de l'individu à réaliser son malheur. Nous allons donc devoir déterminer si ce choix est le bon, si le bonheur se trouve réellement là où on est complètement aveugle, ou si ce n'est pas le cas.



# Posté le mercredi 30 mai 2007 12:57

Modifié le vendredi 11 janvier 2008 12:58

FAUT-IL REELLEMENT AGIR ?

FAUT-IL REELLEMENT AGIR ?
Le Complexe d'Adam et Ève, ou Mythe de la Caverne Moderne

.......Face à ces données assez dramatiques, il arrive le moment où nous devons nous interroger sur la nécessité de tirer les gens de leur situation. Est-il légitime de vouloir ouvrir l'esprit des individus à une autre réalité?
Avant tout, nous devons nous intéresser à la notion de bonheur humain, et tenter de savoir dans quelle situation l'individu est le plus heureux : lorsqu'il n'a conscience ni du bonheur, ni du malheur, qu'il est plongé dans un paradis artificiel, ou bien lorsqu'il peut déterminer ce qu'est le bonheur, mais aussi le malheur?
Cette question fondamentale est le Complexe d'Adam et Ève.

.......Le serpent à la femme : « Alors, Dieu a dit : Vous ne mangerez pas de tous les arbres du jardin? » Le femme répondit au serpent : « Nous pouvons manger du fruit des arbres du jardin. Mais du fruit de l'arbre qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : Vous n'en mangerez pas, vous n'y toucherez pas, sous peine de mort. » Le serpent réplique à la femme : « Pas du tout ! Vous n'en mourrez pas ! Mais Dieu sait que, le jour où vous en mangerez, vos yeux s'ouvriront et vous serez comme des dieux, qui connaissent le bien et le mal. »
La femme, Ève, se laissa tenter la première. Puis elle tenta Adam. Et peu après, Dieu leur ferma les portes du Paradis terrestre.

.......Voilà le commencement du malaise de l'homme. Depuis ce malheureux incident se sont succédées d'innombrables et innommables générations de marmots brailleurs, trop vite devenus de grands gaillards conscients, puis de regrettés cadavres.
Le véritable malaise de l'homme, cet épisode en est la cause, il a traumatisé des milliers de nourrissons et de vieillards, en voici la substance :
Le but premier de l'Homme étant par principe la recherche du bonheur, doit-il remplir ce but au sein du paradis terrestre ou bien lui préférer le monde réel?

.......Pour illustrer cet exemple, nous nous appuierons sur notre expérience personnelle, et plus particulièrement notre auto observation, et l'examen attentif de notre entourage.
Cette interrogation première peut être abordée sous différents aspects, au nombre de quatre :
- l'aspect religieux
- l'aspect intellectuel
- l'aspect matériel
- l'aspect spirituel.

.......Dans chaque situation d'un être par rapport à une situation, nous devrons prendre en compte ses actes, et également une certaine prédestination, mais aussi étudier l'élément tentateur, poussant l'être vers une voie ou une autre. Remarquons simplement que cet élément tentateur semble dans chacun des cas être le bonheur de l'individu. Nous devrons donc nous attacher à savoir dans quelle mesure la conception du bonheur s'insère dans les différents aspects de l'existence, à partir de cette interrogation, de cet épisode originel.


I _ L'aspect religieux

.......Le récit biblique de la Genèse met en avant cette opposition à la fois idéologique dans tout ce qu'elle implique matériellement au quotidien pour l'Homme et métaphysique, dans toutes les réalisations complexes et spirituelles qu'elle suppose ( qui peuvent d'ailleurs elles-mêmes être la cause d'une situation matérielle : tout est lié, et rien ne semble oublié ).
Ainsi, le personnage du Serpent devient l'outil du malaise de l'Homme, car l'outil de son interrogation, de sa gêne, de son impression de faux, d'erreur insoluble et inévitable.

.......Deux conceptions s'opposent : dans la première, le Paradis apparaît comme le lieu idéal, où l'Homme est susceptible de trouver le bonheur ; dans la deuxième, le Paradis n'est qu'un lieu de bonheur illusoire, prétexte à l'évasion.

.......Ainsi, il nous est possible d'analyser la position du Serpent et de considérer que le Paradis est présenté comme l'Idéal.

.......En effet, même si le Serpent est un personnage ambivalent, son rôle premier est celui du Diable, celui qui ne cherche par définition pas d'une manière altruiste le bonheur de l'Homme. Ainsi, si l'Homme et la femme ont été tentés par le Diable, si sans son intervention ils n'auraient pas succombé à la tentation, leur situation n'est pas naturelle, pas souhaitée par Dieu, le bonheur résidait donc de ce Paradis qu'ils on perdu

.......Mais, dans ce récit, le Serpent parle, un dialogue s'instaure entre lui et la Femme comme si elle parlait à un Homme. Si l'Homme et la Femme ont été trompés par leur semblable, en qui ils pouvaient naïvement avoir confiance, ils ne sont pas fautifs, toute la contingence de leur situation devient évidente. Comme précédemment, le Paradis reste l'idéal, car cette situation n'avait rien d'essentiel.

.......Mais une autre interprétation nous permettrait de modifier en profondeur cette conception.
En effet, si le Serpent est l'égal de l'Homme, si le Serpent est un Homme, puisqu'il agit comme s'il en était ainsi, l'Homme n'a été trompé que par l'un de ses semblables. L'Homme est donc en lui naturellement fautif, et ce pour deux raisons :
- l'Homme avait encore une excuse, tant que seul le Diable le tentait, mais si un Homme comme lui le tente, sa sortie du Paradis n'a plus rien de contingente, elle était comme prévue, et donc naturelle
- de plus, si un Homme en a trompé un autre, l'Homme n'a par nature pas sa place au Paradis, qu'il soit représenté par la femme ou le Serpent.
De plus, Dieu annonce par la suite que le Serpent rampera sur terre comme n'importe quelle autre bête : le Serpent a l'innocence de l'animal, il ne peut donc pas avoir trompé l'Homme et la Femme, qui sont seuls fautifs de leur exclusion du Paradis, exclusion donc programmée, et encore une fois, naturelle et bénéfique.
Finalement, et c'est un argument récurrent dans la théologie, Dieu a placé l'Arbre de la connaissance du bien et du mal de lui-même, ce qui implique que l'Homme et la Femme devaient être renvoyés du Paradis, devaient être conscients, devaient disposer de ce libre-arbitre, le plus grand cadeau de Dieu aux hommes !
Le bonheur résiderait donc, selon cette conception, hors du paradis, que seul l'Homme s'impose.


II _ L'aspect intellectuel

.......Nous devons aborder l'aspect intellectuel uniquement parce qu'il s'agit de l'un des principaux déterminants de notre conception du monde, de notre façon de penser.

.......L'aspect intellectuel de l'existence humaine se décline sous plusieurs formes. Nous pouvons distinguer une masse de connaissances à laquelle l'individu va être confrontée, et sa réaction face à cet amas de connaissances. L'individu est-il réceptif à ce savoir qui s'offre à lui ?

.......Comme nous l'avons vu précédemment, l'individu est normalement capable de faire un choix concernant ce qui s'offre à lui. Ne prenons pas en compte cette capacité, trop aléatoire, et ne concentrons notre étude que sur les facteurs extérieurs à l'individu.

.......Avant tout, entrent en jeu certains facteurs de prédisposition. En effet, deux enfants placés aux mêmes âges dans le même milieu vont développer deux niveaux de capacité intellectuelle différents. Qu'il s'agisse, comme l'affirment certains, de caractéristiques propres à l'individu, car acquises dès le ventre de leur mère ; ou bien qu'il s'agisse de caractères intrinsèques à l'individu, de déterminants indissociables et à la base même de son existence, nous devons constater que le rapport au savoir est freiné ou favorisé par différents facteurs indépendants du milieu, car antérieurs à la découverte de ce milieu.
D'un autre côté, et c'est probablement le point le plus important, ce rapport au savoir dépend énormément des facteurs de l'environnement.

.......L'essence est une part importante de cette caractéristique de l'individu, mais l'existence elle-même est bien plus riche en conditions permettant d'élever ou de noyer dans l'½uf un élan intellectuel ou littéraire.
Les parents, l'entourage, l'école ( tous les facteurs de socialisation de l'enfant ), puis le travail et les relations, ( ceux de l'adulte ), sont autant de variables qui font que les individus vont réagir différemment face au savoir.

.......Deux situations peuvent être isolées.
Nous pouvons distinguer les individus ayant été sensibles au processus d'intellectualisation, et ceux y étant restés étrangers.
Ainsi, ceux qui n'ont pas plongé dans cette mer de connaissances ont pour la plupart été exclus d'une intelligentsia extérieure à leur confort, et n'aspirent pas à s'extraire de leur situation. L'ignorance et l'insouciance sont filles de l'hermétisme culturel.
Mais la difficulté de l'analyse réside dans l'impression que donnent certains d'entre eux d'aspirer à accéder à ce monde, à s'extirper de leur insensibilité paradisiaque. Mais remarquons que ceux-ci finissent toujours par s'effondrer à force de se hisser sans prendre la peine de se munir d'une quelconque échelle. Ils sombrent alors dans une culture populaire, parfait symbole de ce décalage entre culture réelle et culture souhaitée. A défaut de se tirer de leur paradis, lieu de repos et de sérénité, ceux-ci s'inventent une culture propre, leur donnant une illusion de liberté. Cette culture populaire s'attachera également à entraîner les individus dans les tréfonds de leur inculture, et à ériger cette même inculture comme un modèle.
.......En revanche, ceux qui ont su être sensibles à cette culture qu'on leur présentait ont découvert un nouvel univers, immensément plus vaste, une nouvelle manière de penser, infiniment plus étendue. Mais chaque pas sur ce territoire infini semble transformer un peu plus leurs ailes en membres de chair sanglante.
L'idéal est pour eux un lieu où règne le Beau. On peut alors y accéder par le dérèglement des sens rimbaldien, la recherche de connaissance absolue, ou d'autres moyens d'extraction du sensible, du matériel et du fini. Plus naturellement, le génie est une échelle d'or vers ce paradis d'un instant où les artistes se saisissent de riches images.
Par opposition au cas précédemment cité d'une volonté d'extraction de sa condition, l'image de l'artiste souhaitant retrouver une vie d'ignorance et d'insouciance existe, mais dans un seul cas : le suicide. En effet, même la pire des folies ne saurait parfois détruire un génie si imposant, la mort se révèle donc le seul moyen de s'échapper d'une culture et d'un art habituel, car quotidien, enfouis si profondément.

.......A la lumière de ces deux exemples, nous pouvons déjà constater que, quelle que soit leur situation, les individus se sentent enfermés, et que leur conception de la liberté se situe soit à l'intérieur, soit en dehors des portes du paradis.

III _ L'aspect matériel

.......Nous avons vu que l'aspect intellectuel de l'existence n'influait pas forcément sur l'aspect matériel. En effet, l'individu n'accède pas forcément à son niveau matériel par une mise en pratique d'une culture ou d'une sensibilité artistique.
L'influence de cet aspect intellectuel sur l'aspect matériel réside plutôt dans le lien social créé par l'appartenance de deux individus à un même milieu intellectuel. Ainsi, deux individus errant dans le même paradis d'insouciance, buvant leur culture populaire comme leur pain quotidien, vont naturellement avoir tendance à se rapprocher facilement.

.......Comme toujours, l'élément tentateur de l'individu au niveau matériel est le bonheur. Mais il réside cette fois-ci dans le confort. Celui-ci comporte la possession, l'accumulation, et surtout l'accès à l'inutile.
Et comme dans tous les cas, cette recherche de bonheur par le confort est basée sur la facilité et l'absence d'interrogations. Chaque individu aspirant à s'élever au niveau matériel recherche la facilité de consommation, et surtout la sérénité finale. Ne plus s'interroger sur ce que l'on va consommer, consommer sans compter, et sans s'en préoccuper.

.......Qu'on le choisisse ou non, on peut se retrouver d'un jour à l'autre exclu de ce paradis ruisselant d'argent, et se retrouver débris un peu fou au pied de la gare Saint Lazare à hurler ses vieilles psychoses d'outre tombe.


IV _ L'aspect Spirituel

.......Par spirituel, entendons le rapport à l'existence.
Il existe un paradis spirituel. Le serpent tentateur en est le bonheur, le bonheur de l'absence de conscience du monde.
Ceux qui vivent dans le paradis sont libérés de leur perception du monde, mais ceux qui en sont exclus sont victimes de différents stades de conscience.

.......Avant tout, il existe une conscience d'exister. L'individu est un être pour-soi, changeant, qui a conscience d'exister, d'avoir existé, et d'exister bientôt sous une forme encore inconnue. Ceux qui restent extérieurs à cette forme de conscience ne voient alors dans leur miroir qu'une image irréelle, représentation d'un mot, d'un concept, mais pas d'un être. Ils apprennent à se déconnaître. Ils vivent dans le quotidien, et donc la répétition sans importance.

.......Dans ces conditions, ils ne peuvent avoir conscience de la mort. La conscience de la mort de son prochain ou de soi-même saisit parfois l'individu éveillé. Parfois, au détour d'un chemin, ou dans l'obscurité d'une nuit froide, il réalise qu'il va mourir. Il est encore jeune, vivant, réel, pourtant. Mais un jour tout cela va finir. Son existence n'aura peut-être été basée que sur une succession de jours semblables, et surtout une suite d'interrogations bassement matérielles, cachant ainsi les réelles interrogations et peurs de l'humain. Et après cette prise de conscience de l'éphémère et de l'inutile vient une volonté de s'échapper des lois naturelles. « Je ne veux pas mourir » affirme-t-il. Mais il sait bien cela impossible. Il se résout donc à marquer sa vie du sceau de l'art, du vrai, de l'important, et d'oublier le quotidien qui le pousse à oublier cette noblesse d'âme et de vie. Cette résolution inébranlable ne nous suit malheureusement le plus souvent que jusqu'au lendemain...

.......Finalement, il existe une conscience des autres. Il existe donc un lien entre le regard que portent les individus sur eux-mêmes, et entre les actes des uns et ceux des autres. Un jour, on se lève, et on réalise qu'on existe au milieu d'autres. On a conscience de leur existence, ils ont conscience de la nôtre. Ils agissent et modifient notre vie, on agit de même. On décide dès lors d'accorder plus ou moins d'importance à leur existence. L'adolescence, plus particulièrement, est l'âge de tous les excès et donc de toutes les souffrances. Le rejet complet des autres entraîne une solitude extrême et insupportable, mais le don complet de sa vie à ses relations ( plus courant ) est également source de souffrance, car les autres n'étant pas infaillibles, l'abandon ne tardera pas à éclater dans toute sa laideur...

.......Revenons à l'image du paradis spirituel, dans lequel toutes les silhouettes d'être sont insensibles à ces différents niveaux de conscience.
Derrière les portes de ce même paradis se masse une minorité de malheureux.

.......Leur malheur vient d'une certaine forme de souffrance, dont elle ne peut se séparer. Il existe ainsi une distinction entre deux souffrances particulières. La première concerne ceux qui aspirent à retourner au paradis, c'est-à-dire à perdre toute conscience. La seconde concerne ceux qui n'aspirent qu'à rester à l'extérieur de ce paradis, mais qui sont tourmentés par leur conscience.
Les premiers vont chercher par tous les moyens de s'échapper d'un milieu artiste, intellectuel, et torturé, pour mieux se fondre dans une vie de voyage, d'exil volontaire, et d'abandon de soi. Cette stratégie n'a qu'un temps, et mène, comme nous l'avons vu, à la mort.

.......Les autres souffrent également. Au sens purement spirituel, la souffrance de ces individus réside dans leurs aspirations. C'est parce que cet homme recherche l'Idéal qu'il ne peut que souffrir, puisque son Idéal n'est pas terrestre. En effet, il faut établir une autre distinction entre l'idéal terrestre, et l'Idéal au sens artistique du terme. Le premier peut prendre des formes variées, voyage, dérèglement des sens, suicide, folie... Le second ne correspond pas à une satisfaction provenant d'un idéal matériel ou de l'oubli proposé par le quotidien. Il se trouve dans la perfection, et est donc un paradis utopique.
Qu'il soit éphémère et illusoire ou irréel, il reste inaccessible, d'où la souffrance quotidienne des êtres.

.......Néanmoins, malgré toutes ces considérations, et même si le bonheur des êtres qui ont accès à une conscience semble quelque peu irréel et inaccessible, ils sont à même de discerner le malheur du bonheur, de vivre pleinement, en ayant conscience que chaque jour est un jour nouveau, et pas une fade copie du précédent. Au contraire, l'absence de conscience entraîne l'absence de malheur profond, mais aussi de félicité, de délire de bonheur. Tout est plus réduit, plus froid, car on ne laisse aucune place à la passion.
C'est quelque peu arbitrairement que nous affirmons qu'il est malgré tout plus souhaitable d'avoir accès à une conscience, et de vivre intensément.

# Posté le mercredi 30 mai 2007 12:58

Modifié le lundi 01 octobre 2007 17:21

COMMMENT AGIR ?

COMMMENT AGIR ?
.......Nous nous opposons résolument à toutes les formes de limite aux libertés individuelles, telles que les messages insipides qui ornent à présent les paquets de cigarettes, les bouteilles d'alcool, ou encore l'écran de télévision, pour rappeler au consommateur ce qu'il sait déjà. Nous ne prétendons donc pas substituer à une dictature d'idées une autre forme de dictature, mais seulement mettre entre les mains du plus grand nombre les clés pour retrouver une existence de lucidité.


.......Si nous partons du postulat que nous souhaitons changer notre situation, il nous faut avant tout la réaliser.
Pour cela, nous devons nous forcer à refuser le déni de réflexion que l'on nous impose, et à perdre notre temps en nous posant quelques questions fondamentales. Même si nos réflexions n'aboutissent jamais, et se répètent indéfiniment, elles sont une façon de nous ouvrir à une autre réalité, qui nous dépasse, mais peut néanmoins nous aider à mieux comprendre le présent.


.......Pour prendre conscience de cette réalité, nous devons nous appuyer sur ceux qui l'ont déjà découverte, ou effleurée. Nous devons nous pousser à étudier, même si aucune institution ne nous le demande, même si nous pensons que rien n'est plus inutile. A un moment ou un autre, ces connaissances auront une utilité, que ce soit dans notre expérience professionnelle, ou notre propre cheminement intellectuel.


.......Nous ne devons plus considérer le divertissement comme un moyen de tromper l'ennui ou de s'occuper l'esprit, mais bien comme une manière de s'élever. Pour ce faire, nous devons substituer à la fadeur de la télévision la passion littéraire, quelque soit sa qualité.
Modifier la programmation de certaines chaînes, par une large prise de conscience, permettant d'imposer notre choix ( puisque l'on nous offre ce que nous attendons ) est également un moyen d'approfondir et de transmettre notre volonté.
Remplacer le faux goût pour les fictions télévisuelles, par une réelle curiosité littéraire est une manière de redécouvrir le monde.


.......D'une manière plus concrète, il faudrait que ce processus commence au niveau de l'école, car c'est là que se construit l'individu. Il faudrait non plus que l'on nous laisse éternellement balancer entre deux opinions sans porter de jugement final, mais au contraire, que l'on nous pousse à porter un regard critique sur toutes les informations auxquelles nous sommes confrontés. L'éducation doit passer par le choix. Nous devons avoir le choix de terminer une dissertation par l'affirmation d'une conception personnelle, nous devons avoir le choix de lire ce que nous voulons, et non pas nous laisser peu à peu dégoûter de la lecture par un programme immuablement ennuyeux.


.......De même, étendre le poids des rapports non-marchands dans la société est un symbole de cette confiance que l'on porte à l'autre, ce qui illustre notre reconnaissance de son existence. Se reconnaître comme un existant au milieu d'autres existants est ma base de la redécouverte de la réalité.


.......Nous devons également avoir le choix de préférer une section à une autre, en fonction de notre goût, et pas des valeurs auxquelles on nous ordonne d'adhérer, malgré nos passions. Au-delà de cette orientation fondamentale, l'homme moderne devrait avoir le choix de devenir professeur de philosophie plutôt que cadre dynamico-dépressif, obsédé par la réussite, l'accumulation de symboles de cette réussite, et les n½uds de cravate parfaits. Nous devrions avoir la possibilité entière et absolue de vivre notre vie dans toute son intensité. Le choix de manière générale n'est jamais simple à réaliser, mais ce choix particulier est l'un des plus difficiles, car il implique un passage ardu d'une façon de penser à une autre, il nécessite un désapprentissage de nos opinions, au profit d'une réflexion nouvelle, d'une nouvelle forme de conscience, de savoir, et de bonheur.


.......Nous devons redevenir maîtres de notre existence, redécouvrir que nous sommes humains, que nous existons, et que notre domaine de réflexion est extensible à l'infini. Nous disposons de capacités incroyables, mais souvent inexploitées, car ignorées, et plus encore, nous disposons du choix. Sachons profiter de cette chance.

# Posté le mercredi 30 mai 2007 12:58

Modifié le vendredi 11 janvier 2008 12:55